Elle part pour apprendre… et moi, j’apprends à la laisser partir

La Vie
Elle part pour apprendre… et moi, j’apprends à la laisser partir

Il y a des déménagements qui ne ressemblent pas aux autres.

On met des boîtes dans une voiture, on transporte des vêtements, quelques décorations, du linge de lit, des petites affaires qu’on pense importantes… et sans vraiment s’en rendre compte, on transporte aussi une partie de notre cœur.

Ma fille part étudier au cégep à Trois-Rivières.

Elle a choisi sa résidence. Elle aura sa chambre, ses nouvelles habitudes, ses cours, ses amis, ses repas à penser, son lavage à faire et probablement quelques petites erreurs à faire en chemin.

Bref… elle va commencer à vivre sa vie.

Et moi, je vais devoir apprendre à ne pas être toujours à côté.

C’est drôle parce que pendant des années, on leur apprend à devenir autonomes.

On leur apprend à marcher, à parler, à se débrouiller, à prendre des décisions. On les regarde grandir avec fierté en se disant qu’un jour, ils seront capables de voler de leurs propres ailes.

Puis le jour arrive.

Et soudainement, on se demande pourquoi on leur a appris ça aussi vite.

Une résidence, ce n’est pas juste une chambre

Pour elle, c’est probablement une chambre dans une résidence à Trois-Rivières.

Pour moi, c’est un paquet de premières fois.

Première vraie séparation.

Première épicerie à gérer.

Premier réveil où personne ne vient lui dire qu’il est temps de se lever.

Première fois où elle devra peut-être gérer un budget qui ne fonctionne pas comme prévu.

Premier mauvais repas parce qu’elle n’avait pas envie de cuisiner.

Première fois où elle sera malade loin de la maison.

Première fois où quelque chose ne fonctionnera pas et qu’elle devra trouver elle-même la solution.

Et c’est probablement là que la vraie vie commence.

Pas dans les grands moments parfaits.

Dans les petites affaires ordinaires.

Dans le linge qui s’accumule.

Dans les examens qui stressent.

Dans les amitiés qui changent.

Dans les soirées où on rit jusqu’à pas d’heure.

Dans les journées où tout va mal.

Dans celles où on réalise qu’on est exactement à la bonne place.

J'aimerais pouvoir lui éviter les difficultés

Comme parent, on a souvent ce réflexe-là.

Quand notre enfant rencontre un problème, notre première envie est de régler.

Trouver une solution.

Donner un conseil.

Appeler.

Passer la voir.

Faire quelque chose.

Mais je commence tranquillement à comprendre que je ne pourrai pas lui éviter toutes les difficultés.

Et surtout… que je ne devrais peut-être pas.

Parce que les difficultés font aussi partie de ce qui construit une personne.

Elle va se tromper.

Elle va peut-être regretter certaines décisions.

Elle va rencontrer des gens extraordinaires et probablement quelques personnes beaucoup moins extraordinaires.

Elle va avoir des journées où elle va vouloir revenir à la maison.

Elle va aussi avoir des journées où elle ne voudra surtout pas revenir.

Et tout ça est correct.

C'est sa vie qui commence à prendre sa propre forme.

Il y aura certainement des moments difficiles

Je sais aussi qu'il y aura un soir où elle va m'appeler.

Peut-être parce qu'elle sera découragée.

Peut-être parce qu'elle aura eu une mauvaise journée.

Peut-être simplement parce qu'elle aura envie d'entendre une voix familière.

Et je serai là.

Pas nécessairement pour régler son problème.

Mais pour l'écouter.

Parce que parfois, devenir adulte, ce n'est pas avoir toutes les réponses.

C'est apprendre qu'on peut traverser les problèmes même lorsqu'on n'a pas encore la solution.

Et il y aura surtout toute la beauté

Parce qu'au milieu de tout ça, il y aura aussi tellement de beau.

De nouvelles amitiés.

Des soirées improvisées.

Des fous rires.

Des souvenirs qu'elle ne racontera peut-être pas tous à son père.

Des cours qui vont l'allumer.

Des rencontres qui vont changer quelque chose dans sa façon de voir le monde.

Des petites victoires dont personne ne parlera.

Un jour, elle va probablement réaliser qu'elle est capable de beaucoup plus de choses qu'elle ne le pensait.

Et moi, je serai quelque part, probablement à quelques kilomètres de là, en train de me dire :

« Crime que je suis fier d'elle. »

Finalement, c'est peut-être ça, être parent

C'est passer une bonne partie de sa vie à tenir une petite main…

pour finalement devoir l'ouvrir.

Pas parce qu'on aime moins.

Au contraire.

Parce qu'on aime assez pour laisser l'autre avancer.

Ma fille part à Trois-Rivières pour étudier.

Elle ne part pas seulement avec des boîtes et des valises.

Elle part avec tout ce qu'elle a appris jusqu'ici.

Et maintenant, elle va ajouter ses propres histoires.

Ses propres erreurs.

Ses propres réussites.

Sa propre vie.

Moi, je vais probablement m'ennuyer.

Je vais certainement m'inquiéter.

Je vais regarder mon téléphone un peu trop souvent.

Je vais probablement demander :

« T'es correcte? »

Même si je sais très bien qu'elle l'est.

Mais surtout, je vais la regarder partir avec une immense fierté.

Parce qu'un enfant qui part faire sa vie, ce n'est pas vraiment un enfant qu'on perd.

C'est un enfant qu'on a aidé à devenir capable de partir.

Et maintenant…

c'est à son tour de découvrir jusqu'où elle peut aller.

Bonne route ma grande.

Trois-Rivières n'est peut-être que le début. ❤️

À retenir

Il y a des déménagements qui ne ressemblent pas aux autres. On met des boîtes dans une voiture, on transporte des vêtements, quelques décorations, du linge de lit, des petites affaires qu’on pense importantes… et sans vraiment s’en rendre compte,...

🪶 Petit avertissement
La vie est cruelle, ton lit aussi.
Lis un peu, ça pourrait te détendre… ailleurs.

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